Peu de marques provoquent autant de passion qu’une voiture Morgan. Bâtie à Malvern depuis plus d’un siècle, chaque exemplaire incarne une vision singulière : la sportive anglaise décomplexée, taillée pour le plaisir pur de la route ouverte. Des ateliers historiques de Morgan Motor Company aux showrooms français du groupe BPM et de Marcassus, plongée dans une enseigne qui refuse obstinément la banalité.
Qu’est-ce qu’une Morgan ? L’essence d’une marque unique
Une Morgan n’est pas une auto comme les autres. C’est une sportive artisanale britannique, bâtie à la commande par un petit constructeur indépendant basé dans les Midlands anglais. Chaque modèle sort d’un atelier où cohabitent soudeurs, ébénistes, selliers et peintres, tous regroupés sur un même site depuis 1919.
Là où les concurrents misent sur la production de masse, Morgan revendique l’inverse. Pas de chaîne robotisée, pas de presses à emboutir géantes. L’aluminium est façonné manuellement sur des formes en bois, les selleries cousues sur mesure, les véhicules livrés avec le nom des 200 artisans qui les ont construits. Ce détail dit tout : on achète une sportive, on achète aussi une histoire humaine.
Le résultat ? Des modèles de caractère, légers, au bruit d’échappement assumé, bâtis autour d’une même philosophie. Pas de compromis avec le confort moderne, pas de concession au rendement industriel. On prend le volant d’une Morgan pour le geste, pour le regard, pour l’émotion mécanique brute. Rien d’autre.

L’histoire de Morgan Motor Company, de 1910 à aujourd’hui
Tout commence en 1909, quand Henry Frederick Stanley Morgan, ingénieur passionné, construit son premier tricycle motorisé dans le garage familial. L’engin est si léger et si véloce qu’il remporte le Cyclecar Grand Prix de 1913. L’année suivante, Morgan Motor Company est officiellement fondée à Malvern Link.
Pendant six décennies, la maison fabrique surtout des tricycles motorisés. Ces cyclecars, taxés comme des motos en Grande-Bretagne, séduisent une clientèle jeune qui cherche la vitesse à petit prix. Le 4/4 arrive en 1936. C’est le premier exemplaire sur deux essieux complets, et il inaugure un design qui n’a pratiquement jamais changé depuis : ailes séparées, calandre verticale, capot long, habitacle ramassé.
La marque traverse les crises du XXe siècle sans céder aux modes. Peter Morgan, fils du fondateur, refuse de vendre à Rover dans les années 60 et maintient la production artisanale envers et contre tout. Cette résistance paye. Quand les sportives anglaises des années 70 disparaissent une par une, la firme est toujours là.
En 2000, l’Aero 8 marque une rupture technique. Premier châssis en aluminium collé, moteur BMW V8 de 4,4 qui délivre 325 chevaux, carrosserie profondément redessinée. La maison montre qu’elle peut se moderniser sans trahir son ADN. Les générations suivantes, Plus 8 notamment, confirmeront cette capacité à évoluer.
Rachetée en 2020 par le fonds italien Investindustrial, Morgan poursuit sa mue. Le nouveau châssis CX, baptisé CXV dans sa version la plus récente, a servi de base à la Plus Four lancée en 2020, puis au Super 3 en 2022, et enfin au fleuron actuel dévoilé en 2024.

La production artisanale : ossature en frêne, carrosserie aluminium martelé
Il existe une idée reçue tenace sur les Morgan : le châssis serait en bois. C’est faux. Le châssis structurel des modèles modernes est en aluminium collé, la plateforme CX. Le frêne, lui, sert à autre chose, et c’est précisément ce qui rend la marque unique.
Le frêne constitue l’ossature de l’habitacle et surtout la matrice sur laquelle les tôles d’aluminium sont martelées pour prendre leur forme. Chaque panneau de carrosserie est donc mis en forme manuellement, feuille après feuille, sur des gabarits en bois sculptés par des ébénistes. Cette technique remonte aux débuts de l’ère motorisée et n’a jamais été abandonnée dans l’atelier anglais.
Dans l’atelier, on trouve encore des machines à filer, des enclumes, des marteaux à panne ronde. Les artisans passent jusqu’à trois semaines à façonner les ailes et le capot d’un seul exemplaire. Le cuir utilisé pour la sellerie vient d’Écosse, choisi parce que les vaches locales sont moins exposées aux barbelés et offrent des peaux plus nettes. Rien n’est laissé au hasard.
Cette méthode a un coût en temps. Un exemplaire demande en moyenne six à huit semaines de production, contre quelques heures pour une sportive de grande série. Mais elle garantit deux choses : une identité visuelle impossible à confondre, et une qualité de finition que peu de constructeurs atteignent encore en 2025.
La gamme Morgan en 2025 : trois sportives pour trois usages
Trois modèles composent la gamme actuelle, tous bâtis sur la même philosophie mais répondant à des usages distincts. Voici le tableau comparatif qui résume l’offre du constructeur :
| Modèle | Motorisation | Puissance | 0-100 km/h | Poids | Prix de base (FR) |
|---|---|---|---|---|---|
| Super 3 | Ford 1,5 L atmosphérique | 118 ch | 7,0 s | 635 kg | ~55 000 € |
| Plus Four | BMW B48 2,0 L turbocompressé | 258 ch | 5,2 s | 1 009 kg | ~90 000 € |
| Fleuron 2025 | BMW B58 6 cylindres en ligne | 335 ch | 3,8 s | 1 170 kg | ~125 000 € |
Le Super 3 remplace le mythique tricycle depuis 2022. Moteur Ford à l’avant, boîte Mazda, transmission par courroie à l’essieu arrière unique. L’engin est vif, étrangement facile à piloter. Morgan le positionne comme l’initiation à la marque, mais son look d’avion de chasse des années 30 attire surtout les collectionneurs qui veulent du caractère sans les contraintes d’un engin lourd.
L’intermédiaire de gamme est la plus vendue. Son bloc BMW B48 développe 258 chevaux, ce qui suffit largement à ses 1 009 kg. La boîte automatique ZF à huit rapports, proposée en option, s’accorde mieux au couple du moteur allemand que la manuelle selon les retours propriétaires. Le pack Sport ajoute un différentiel autobloquant et des amortisseurs réglables.
La dernière née, commercialisée fin 2024, coiffe la gamme. Elle mérite son propre chapitre.

Morgan 2025 : le nouveau fleuron
Premier modèle réellement développé en simulation numérique, la nouvelle venue inaugure la plateforme CXV (évolution du châssis CX). Elle reçoit une carrosserie entièrement redessinée, avec des volumes travaillés derrière les appuis pour contrôler la portance et la traînée. Un vrai exercice d’aérodynamique, pour une maison qui avait jusque-là fait du style sans souffleries.
Sous le capot, le BMW B58, six cylindres en ligne de trois litres, délivre 335 chevaux. De quoi propulser les 1 170 kg du roadster de 0 à 100 km/h en 3,8 secondes, pour atteindre 267 km/h en pointe. Le rapport poids-puissance grimpe à 286 chevaux par tonne, dans le territoire des supercars.
Plusieurs innovations attendues depuis longtemps font leur apparition. Un vrai coffre intégré à l’arrière, d’abord. Des vitres latérales amovibles sans outil, via un mécanisme caché dans la poignée de porte. Un hard-top en carbone optionnel facturé 4 194 £ qui transforme le roadster en coupé l’hiver venu. Pour les plus exigeants, des jantes Aerolite 19 pouces (-1,1 kg par pièce) et des amortisseurs Nitron réglables à 3 000 £.
Côté comportement, le haut de gamme assume un positionnement précis. Direction linéaire, suspensions composées type GT, double triangulation complète. Morgan revendique le « caractère » face à une Porsche 911, plutôt que la performance pure. C’est plus proche d’une berline sportive typée que d’un pur couteau, et c’est parfaitement assumé.
La production reste limitée à 180 exemplaires par an, au tarif britannique de 102 000 à 105 723 £. En France, comptez à partir de 125 000 € avec les taxes et les extras courants. À noter : l’homologation américaine est refusée pour des raisons de législation, seules la Plus Four (depuis fin 2024) et le Super 3 y sont commercialisés.
Les modèles Morgan mythiques : 3 Wheeler, 4/4, Plus 8, Aero 8
Impossible d’évoquer la marque sans citer les icônes qui ont forgé sa réputation. Ces exemplaires historiques continuent de se vendre cher sur le marché des roadsters anglais anciens, et plusieurs figurent aujourd’hui dans les plus belles collections européennes.
Le 3 Wheeler, d’abord. Né en 1911, ce tricycle à moteur bicylindre en V (souvent JAP ou Matchless) est resté en production jusqu’en 1952. Morgan l’a relancé en 2011 avec un bloc S&S américain, puis en 2022 avec le Super 3 à motorisation Ford. Un best-seller qui a littéralement sauvé la firme dans les années 2010, à une époque où les petites sportives britanniques à toit ouvert connaissaient un regain d’intérêt auprès des collectionneurs.
Le 4/4 est l’autre pilier historique. Lancé en 1936, il est resté en production presque sans interruption jusqu’en 2018, ce qui lui vaut la plus longue carrière continue au monde. Ses motorisations ont évolué (Ford, Coventry Climax, Fiat, puis à nouveau Ford), mais sa silhouette n’a quasiment pas bougé en 82 ans.
La Plus 8 mérite une place à part. Introduite en 1968 avec le V8 Rover de 3,5 délivrant 160 chevaux pour un poids plume. Sa version ultime, produite de 2012 à 2018 sur plateforme Aero, embarquait un V8 BMW de 367 chevaux. Un monstre brutal, capable d’humilier des sportives bien plus modernes au volant.
L’Aero 8, enfin, reste la plus controversée de l’histoire de la maison, aux côtés d’autres cabriolets britanniques emblématiques des années 2000. Dévoilée en 2000, elle rompait avec le style traditionnel, avec ses phares louchants (millésime 2001) et sa silhouette profilée. Elle reste surtout le premier modèle de série à adopter un châssis en aluminium collé, préfigurant toutes les productions actuelles. Les premiers exemplaires se négocient entre 60 000 et 90 000 € selon l’état.

Combien coûte une voiture Morgan en 2025 ? Prix neuf et cote ancienne
Le prix d’une Morgan varie énormément selon le modèle, l’année et la configuration. En 2025, les tarifs de base chez les distributeurs français sont les suivants : à partir de 55 000 € pour un Super 3 de série, autour de 90 000 € pour une Plus Four (96 000 € pour une configuration courante pack Sport observée récemment chez Marcassus et BPM Group), et à partir de 125 000 € pour le haut de gamme. Ce sont des prix planchers.
Sur le marché du produit ancien, l’offre reste confidentielle mais bien documentée, comme le montrent les transactions récentes de voitures de collection. Une Plus Four récente (2020-2023) se négocie entre 75 000 et 85 000 € selon le kilométrage. Les Aero 8 de première génération oscillent entre 55 000 et 75 000 €. Les 4/4 des années 90-2000, plus accessibles, partent de 28 000 €. Les Plus 8 V8 BMW de dernière génération atteignent facilement 100 000 € tant elles sont recherchées.
Voici quelques ordres de grandeur utiles pour situer les prix moyens constatés :
- Super 3 neuf : 55 000 à 70 000 € selon extras
- Plus Four neuve : 90 000 à 105 000 € selon configuration
- Fleuron neuf : 125 000 à 140 000 € avec extras courants
- Plus Four récente (moins de 5 ans) : 75 000 à 85 000 €
- 4/4 ancienne (années 90) : 28 000 à 40 000 €
- Plus 8 V8 BMW (2012-2018) : 85 000 à 110 000 €
- Aero 8 (2001-2009) : 55 000 à 75 000 €
À ces montants, il faut ajouter l’entretien. Une révision annuelle chez un distributeur agréé se situe entre 800 et 1 500 € selon le modèle. Les pneumatiques spécifiques, notamment pour le haut de gamme, tournent autour de 1 200 € la paire. C’est le prix à payer pour rouler différemment.

Acheter une Morgan ancienne : ce qu’il faut vérifier
Passer par le marché secondaire demande quelques précautions spécifiques. Certaines sont communes à toutes les sportives anciennes. D’autres sont propres à la marque, à cause du bois et de la construction artisanale.
Première chose à inspecter : l’ossature en frêne de l’habitacle. Sur les modèles antérieurs à 2000, une humidité prolongée peut provoquer des déformations localisées. Un garage qualifié saura évaluer l’état du bois sous les garnitures. Un frêne sain est clair, homogène, sans fissure visible. Un frêne pourri impose une intervention lourde.
Deuxième point, la carrosserie en alu martelé. Contrairement à l’acier, l’aluminium ne rouille pas, mais il se corrode en présence d’humidité et surtout en contact avec l’acier (corrosion galvanique). Vérifiez les jonctions entre panneaux et vis, les arêtes des ailes, le dessous de caisse. Des bulles ou des taches blanchâtres trahissent une corrosion en cours.
Troisième vérification, la mécanique. Le moteur BMW cylindres (B48 ou B58) des dernières générations reste très fiable, avec un entretien régulier. En revanche, les Rover V8 des Plus 8 historiques demandent plus d’attention : pompe à eau, distribution, joints de culasse. Les Ford des 4/4 plus anciennes sont robustes mais peuvent souffrir d’usure électrique sur les modèles négligés.
Enfin, vérifiez la traçabilité. Le constructeur fournit à chaque livraison la liste nominative des artisans ayant assemblé le véhicule et un certificat d’origine. Un exemplaire sans ce dossier est suspect. Privilégiez les achats suivis par le réseau officiel, notamment BPM Group ou Marcassus Sport en France, pour la tranquillité d’esprit et la valeur de revente.
Où voir et acheter une Morgan en France : BPM Group, Marcassus et le réseau officiel
En France, Morgan est distribué par deux acteurs principaux, intégrés au réseau officiel du constructeur. BPM Group, basé à Paris et en région parisienne, représente la marque pour le nord du pays. Marcassus, implanté dans le sud-ouest, couvre le reste du territoire. Les deux distributeurs partagent les mêmes exigences de service après-vente, d’entretien et de personnalisation.
BPM Group propose régulièrement des portes ouvertes et des essais programmés dans ses showrooms. Marcassus, de son côté, organise des événements clients autour du circuit de Nogaro, dans le Gers, ce qui permet aux propriétaires et prospects de tester nos voitures dans leur environnement naturel : une route ouverte et tournante. Notre équipe Plethore a pu essayer plusieurs de ces voitures lors de ces sessions.
Les deux distributeurs gèrent aussi la configuration des commandes. Chaque exemplaire est personnalisable sur des dizaines de points : peinture extérieure (les nuanciers dépassent les 40 000 combinaisons possibles), sellerie (cuir écossais au choix, surpiqûres), bois intérieur, jantes, pack performance. Le délai moyen entre la commande et la livraison tourne autour de cinq mois pour la Plus Four, sept pour le haut de gamme.
Pour compléter le panorama des constructeurs automobiles d’exception, les salons restent le meilleur point d’entrée pour voir une Morgan en vrai sans engagement. Le Rétromobile à Paris en février et le Salon de Lyon accueillent régulièrement des présences de la marque ou de ses distributeurs. Certains rassemblements britanniques, comme le Goodwood Revival outre-Manche, restent aussi des incontournables pour les passionnés.

FAQ : les questions fréquentes sur les Morgan
Combien coûte une voiture Morgan neuve ?
Une Morgan neuve coûte entre 55 000 € pour un Super 3 de base et 140 000 € pour le haut de gamme bien équipé. La Plus Four, le modèle le plus vendu, démarre autour de 90 000 € et grimpe rapidement à 105 000 € avec le pack Sport et quelques extras de personnalisation.
Quel est le prix du fleuron Morgan 2025 ?
Le fleuron 2025 est commercialisé à partir de 102 000 £ au Royaume-Uni, soit environ 125 000 € en France avec les taxes. Les extras courants (hard-top carbone, jantes Aerolite, amortisseurs Nitron réglables) peuvent ajouter 10 000 à 20 000 € au prix de base.
Qu’est-ce qu’une voiture Morgan ?
Une Morgan est une sportive artisanale britannique, fabriquée manuellement dans l’usine de Malvern, dans les Midlands anglais. Chaque exemplaire est assemblé par une équipe d’environ 200 artisans, avec une carrosserie en aluminium martelé sur une ossature d’habitacle en frêne.
Qui est le fabricant de Morgan ?
Le constructeur est Morgan Motor Company, fondée en 1910 par H. F. S. Morgan à Malvern, en Angleterre. L’entreprise est restée familiale jusqu’en 2020, date à laquelle elle a été reprise par le fonds d’investissement italien Investindustrial. La production reste intégralement anglaise.
Une Morgan est-elle utilisable au quotidien ?
Non, ce n’est pas un usage quotidien. Les contraintes réelles sont un coffre quasi inexistant, un habitacle serré à deux places, un bruit ambiant élevé, et des sièges fermes. C’est un objet de plaisir, pensé pour les road-trips et les belles routes, pas pour les trajets pendulaires.
En résumé : pourquoi une Morgan reste unique en 2025
On n’achète pas une Morgan par raison. On la choisit parce qu’elle propose ce que presque plus aucun constructeur n’ose : une vraie personnalité. Produite à Malvern, pensée pour le plaisir pur, héritière d’un siècle d’histoire britannique. Du Super 3 joueur au fleuron tranchant, en passant par la Plus Four polyvalente, la gamme actuelle respecte la promesse de la maison.
Pour qui veut rouler différemment, sans ressembler à son voisin, la sportive anglaise reste le meilleur choix du marché. À condition d’accepter les compromis : coffre minuscule, bruit, rigueur du châssis. C’est le prix du caractère. Et chez Plethore, c’est un prix qu’on paye volontiers.
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