L’année 2025 aura été marquée par un séisme législatif pour le monde de la collection automobile en France. L’idée d’intégrer les voitures de collection dans l’assiette d’un nouvel impôt sur la fortune improductive a provoqué une onde de choc parmi les passionnés, les professionnels du secteur et les fédérations. Pendant plusieurs semaines, l’avenir fiscal du patrimoine roulant français a tenu en suspens, entre amendements parlementaires, contre-propositions sénatoriales et mobilisation sans précédent de la FFVE.
Si vous possédez un véhicule ancien ou envisagez d’en acquérir un, ces évolutions vous concernent directement. Entre la réforme avortée de l’IFI, la nouvelle taxe sur les holdings patrimoniales et les règles actualisées du contrôle technique, le cadre réglementaire des voitures de collection a considérablement évolué. Cet article fait le point, de manière rigoureuse et sourcée, sur l’ensemble des nouvelles lois qui impactent les véhicules de collection en 2026.
L’Impôt sur la Fortune Improductive : retour sur la tentative de réforme
Un amendement qui a fait trembler le monde de la collection
Le 31 octobre 2025, l’Assemblée nationale a adopté l’amendement n°I-3379, porté par le député MoDem Jean-Paul Mattei. Ce texte proposait de transformer l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) en un Impôt sur la Fortune Improductive, dont l’assiette élargie intégrerait désormais les biens considérés comme « dormants » : or, pièces de monnaie, yachts, cryptoactifs, œuvres d’art… et, de manière explicite, les voitures de collection.
Dans sa version votée par les députés, le texte prévoyait un taux unique de 1 % appliqué à la fraction du patrimoine net taxable excédant un certain seuil. L’Assemblée avait maintenu ce seuil à 1,3 million d’euros, avec un abattement d’1 million d’euros sur un bien par foyer fiscal (généralement la résidence principale). L’amendement avait été adopté par 163 voix contre 150, avec le soutien du MoDem, du PS et du RN, malgré l’opposition du gouvernement.
La version du Sénat : des contours différents
Le 28 novembre 2025, le Sénat a adopté sa propre version de la réforme, rebaptisée « Contribution des Hauts Patrimoines ». L’approche sénatoriale différait sensiblement de celle de l’Assemblée sur plusieurs points essentiels : le seuil d’entrée était relevé à 2,57 millions d’euros, l’immobilier locatif était exclu de l’assiette (considéré comme productif), et les biens meubles corporels — dont les voitures de collection — restaient inclus dans le périmètre taxable. Selon la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, le rendement de cette version sénatoriale aurait été inférieur de 600 millions d’euros à celui de l’IFI existant.
L’issue finale : l’abandon de la réforme via le 49.3
C’est le dénouement que beaucoup espéraient sans y croire. Le 2 février 2026, le projet de loi de finances pour 2026 a été considéré comme définitivement adopté via l’article 49.3 de la Constitution. La version finale du budget ne retient pas la transformation de l’IFI en impôt sur la fortune improductive. Concrètement, l’IFI dans sa forme actuelle demeure pleinement applicable : il reste centré sur le patrimoine immobilier, avec un seuil d’entrée à 1,3 million d’euros et un barème progressif de 0,5 % à 1,5 %.
Pour les propriétaires de voitures de collection, cela signifie que leurs véhicules ne sont pas intégrés dans l’assiette de l’IFI au 1er janvier 2026. La menace directe est donc écartée, du moins pour cette année. Toutefois, il convient de rester vigilant : les analystes fiscaux rappellent que ce type d’amendement est régulièrement voté au Sénat depuis 2019 et pourrait resurgir dans un prochain projet de loi de finances.
La taxe sur les holdings patrimoniales : la mesure qui est réellement passée
Si la réforme de l’IFI a été abandonnée, une autre disposition du budget 2026 concerne directement les voitures de collection détenues via des structures sociétaires. La loi de finances pour 2026 instaure en effet une taxe sur les actifs non affectés à une activité opérationnelle des sociétés holdings patrimoniales. Cette taxe vise les biens dits « somptuaires » détenus dans ces holdings : résidences mises à disposition des associés, yachts, avions privés, voitures de luxe, chevaux de course, bijoux et métaux précieux.
Le taux retenu est de 20 %, et la mesure ne s’applique qu’aux sociétés holdings à l’IS détenues à plus de 50 % par des personnes physiques, dont les actifs imposables dépassent 5 millions d’euros et dont les revenus passifs représentent plus de 50 % des produits d’exploitation. La taxe entrera en vigueur pour les exercices clos à compter du 31 décembre 2026.
En pratique, un collectionneur détenant une Ferrari de collection évaluée à 2 millions d’euros au sein d’une holding patrimoniale pourrait voir cet actif taxé à 20 % si les conditions sont réunies. En revanche, si le véhicule est affecté à une activité professionnelle, il échappe à cette imposition. Cette mesure ne touche pas les particuliers détenant leurs voitures en nom propre.
Erreur fréquente à éviter
Confondre la taxe sur les holdings patrimoniales avec l’IFI improductif est une erreur courante depuis l’adoption du budget. La première concerne exclusivement les biens détenus en société, la seconde — finalement abandonnée — visait le patrimoine des personnes physiques. Les propriétaires de véhicules anciens détenus à titre personnel ne sont pas impactés par la nouvelle taxe sur les holdings.
Le rôle déterminant de la FFVE dans la défense du patrimoine roulant
La Fédération Française des Véhicules d’Époque a joué un rôle central dans la mobilisation contre l’IFI improductif. Dès novembre 2025, elle a adressé aux parlementaires un dossier détaillé, appuyé sur sa dernière enquête socio-économique, démontrant que le secteur de la collection automobile est tout sauf « improductif ».
Les chiffres avancés par la FFVE sont éloquents : la filière génère 3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel et représente 23 500 emplois équivalents temps plein en France. Chaque propriétaire dépense en moyenne 3 040 euros par an en entretien direct et 5 507 euros toutes dépenses confondues (tourisme, événements, restauration). Par ailleurs, 49 % des collectionneurs participent à des événements, pour un budget annuel moyen de 2 467 euros, générant 1,5 million de nuits d’hôtel chaque année. Certains événements comme Le Mans Classic produisent jusqu’à 100 millions d’euros de retombées économiques par édition.
Parallèlement, une proposition de résolution (n°1680) avait été déposée à l’Assemblée nationale le 8 juillet 2025, signée par de nombreux parlementaires. Ce texte visait à reconnaître les véhicules de collection comme un patrimoine historique et culturel, afin de les exclure de manière pérenne de tout calcul d’imposition patrimoniale. Si cette résolution n’a pas force de loi, elle témoigne d’une prise de conscience politique en faveur du patrimoine roulant, qui pourrait servir de rempart lors de futures tentatives fiscales.
Contrôle technique des véhicules de collection : les règles en vigueur
En parallèle du débat fiscal, le cadre du contrôle technique des véhicules de collection a été clarifié et reste un sujet essentiel pour tout propriétaire. Voici les dispositions applicables en 2026.
Pour les voitures et camionnettes de collection mises en circulation à partir de 1960, le contrôle technique est obligatoire tous les 5 ans, une périodicité allongée par rapport aux véhicules modernes. Les véhicules mis en circulation avant 1960 sont totalement dispensés de contrôle technique, une reconnaissance de leur caractère historique exceptionnel.
Concernant les motos et véhicules de catégorie L portant la mention collection, la même logique s’applique : contrôle tous les 5 ans à partir de 1960, exemption pour les modèles antérieurs. Pour les poids lourds de collection dont le PTAC dépasse 3,5 tonnes, l’exemption est totale quelle que soit la date de mise en circulation.
Un point souvent méconnu mérite d’être souligné : les véhicules de collection ne sont pas tenus d’afficher la vignette de contrôle technique sur leur pare-brise, une exception qui permet de préserver l’esthétique originale de ces automobiles.
Carte grise collection : conditions et démarches actualisées
Pour bénéficier de ces dispositions allégées, le véhicule doit impérativement porter la mention « collection » sur sa carte grise. Les conditions d’éligibilité restent inchangées en 2026 : le véhicule doit être âgé d’au moins 30 ans, ne plus être en production et conserver ses caractéristiques techniques d’origine. L’obtention de cette mention passe par une attestation délivrée par la FFVE, qui vérifie la conformité historique du véhicule.
La demande de carte grise collection se fait désormais entièrement en ligne, via les plateformes habilitées. Il est important de noter que le passage en carte grise collection n’est pas sans conséquence sur l’usage quotidien du véhicule : certaines restrictions peuvent s’appliquer, notamment dans les Zones à Faibles Émissions (ZFE), où les véhicules de collection bénéficient cependant d’une dérogation dans la plupart des métropoles françaises.
À retenir : conseils d’expert pour les propriétaires de voitures de collection
Premièrement, la menace de l’IFI improductif est écartée pour 2026, mais elle pourrait réapparaître dans un prochain budget. Maintenez une veille active sur les débats parlementaires, en suivant les communications de la FFVE qui constitue le meilleur relais d’information pour les collectionneurs.
Deuxièmement, si vous détenez des véhicules de collection via une holding patrimoniale, la nouvelle taxe à 20 % sur les biens somptuaires vous concerne potentiellement. Consultez un fiscaliste pour évaluer votre exposition et, le cas échéant, envisagez une restructuration de votre patrimoine automobile.
Troisièmement, consolidez la traçabilité de la valeur de vos véhicules. Expertise périodique, inventaire photographique détaillé et contrat d’assurance à valeur agréée constitueront des atouts essentiels en cas de future réforme imposant une déclaration de la valeur du patrimoine roulant.
Quatrièmement, vérifiez que votre carte grise porte bien la mention « collection » si votre véhicule est éligible. C’est cette mention qui conditionne l’accès au contrôle technique allégé, aux dérogations ZFE et potentiellement à de futures exonérations patrimoniales si la résolution n°1680 venait à inspirer un cadre législatif.
Cinquièmement, ne négligez pas l’entretien régulier de votre véhicule, même si le contrôle technique n’intervient que tous les cinq ans. Un véhicule bien entretenu se valorise mieux, se vend plus facilement et contribue à la crédibilité du patrimoine automobile face aux pouvoirs publics.
Questions fréquentes
Ma voiture de collection est-elle désormais taxée au titre de l’IFI ?
Non. La réforme transformant l’IFI en impôt sur la fortune improductive a été abandonnée dans la version finale du budget 2026, adoptée via le 49.3 le 2 février 2026. L’IFI actuel ne porte que sur le patrimoine immobilier. Les voitures de collection détenues à titre personnel n’entrent pas dans son assiette.
Quels collectionneurs sont concernés par la taxe sur les holdings patrimoniales ?
Seuls les propriétaires détenant des véhicules de collection au sein d’une société holding patrimoniale sont potentiellement concernés. La taxe à 20 % vise les holdings à l’IS détenues majoritairement par des personnes physiques, dont les actifs somptuaires dépassent 5 millions d’euros et dont les revenus passifs représentent plus de la moitié des produits d’exploitation. Les collectionneurs détenant leurs véhicules en nom propre ne sont pas touchés.
Mon véhicule d’avant 1960 doit-il passer le contrôle technique ?
Non. Les véhicules de collection mis en circulation avant 1960 sont totalement dispensés de contrôle technique, à condition que la carte grise porte bien la mention « collection ». Les véhicules de collection à partir de 1960 doivent, eux, passer un contrôle tous les 5 ans.
La menace fiscale peut-elle revenir ?
Oui, c’est tout à fait possible. Le Sénat vote régulièrement depuis 2019 en faveur d’un élargissement de l’assiette de l’IFI aux actifs improductifs, y compris les voitures de collection. Le sujet reviendra probablement lors du PLF 2027. La FFVE et la résolution n°1680 constituent les principaux remparts institutionnels contre cette éventualité.
Un répit, pas une victoire définitive
Le monde de la collection automobile peut souffler, mais pas relâcher sa vigilance. L’abandon de l’IFI improductif dans le budget 2026 est une bonne nouvelle pour les propriétaires détenant leurs véhicules à titre personnel. La mobilisation de la FFVE et l’existence de la résolution n°1680 montrent que le patrimoine roulant dispose désormais d’arguments solides pour se défendre face aux logiques purement fiscales.
En revanche, les collectionneurs structurant leur patrimoine via des holdings doivent prendre acte de la nouvelle taxe sur les biens somptuaires et adapter leur stratégie en conséquence. Quant au contrôle technique, le cadre allégé en vigueur offre une flexibilité bienvenue, à condition de respecter scrupuleusement les échéances et de maintenir les véhicules dans un état irréprochable.
La question de fond reste posée : la France reconnaîtra-t-elle un jour officiellement ses véhicules de collection comme un patrimoine culturel à part entière, au même titre que ses monuments historiques ? La réponse à cette question déterminera, pour les décennies à venir, le destin de ces mécaniques d’exception qui font la fierté de notre histoire industrielle.
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