Pour acheter une Jaguar Type E, il faut choisir la série selon l’usage recherché, puis faire contrôler en priorité la structure, l’identité de l’auto et la qualité de sa restauration. Une Série 1 n’est pas automatiquement un meilleur achat qu’une Série 2 ou une Série 3 : une voiture saine, documentée et correctement restaurée vaut généralement mieux qu’un exemplaire plus prestigieux dont la corrosion ou l’historique sont mal maîtrisés.
La Type E réunit presque tous les défis d’une grande voiture de collection : plusieurs séries, trois carrosseries, deux familles de moteurs, des spécifications différentes selon les marchés et plus de soixante ans de réparations possibles. Le bon exemplaire n’est donc pas seulement celui qui brille le plus. C’est celui dont l’identité, la structure et les travaux peuvent être compris et vérifiés.
Série 1, Série 2 ou Série 3 : laquelle choisir ?
Jaguar dévoile la E-Type en 1961. La chronologie détaillée publiée par le Jaguar Daimler Heritage Trust permet de distinguer les évolutions de châssis et de carrosserie, tandis que son exposition consacrée au modèle rappelle le lien entre sa structure et les Jaguar de compétition.
| Version | Caractère dominant | À privilégier si… | Vigilance particulière |
|---|---|---|---|
| Série 1 3,8 litres | La plus proche de la définition initiale | vous recherchez la présentation originelle et acceptez une ergonomie plus ancienne | authenticité, qualité des restaurations, boîte Moss sur les premières voitures |
| Série 1 4,2 litres | Six-cylindres avec davantage d’agrément | vous voulez l’esthétique de la Série 1 avec une utilisation plus facile | distinguer les évolutions d’usine des modifications ultérieures |
| Série 2 4,2 litres | Plus évoluée et souvent moins chère qu’une Série 1 comparable | vous privilégiez la conduite et un budget d’achat plus mesuré | état réel plutôt que hiérarchie de cote |
| Série 3 V12 5,3 litres | Grande routière souple, empattement long | vous recherchez le couple, l’espace et le confort d’une GT | refroidissement, alimentation, allumage et coûts d’intervention du V12 |
La Série 1 existe en roadster OTS et coupé FHC ; la 2+2 à empattement allongé rejoint la gamme en 1966. La Série 2 conserve le six-cylindres XK de 4,2 litres. La Série 3, lancée en 1971, adopte le V12 de 5,3 litres et l’empattement long pour ses deux carrosseries. Ces repères servent à identifier la famille de l’auto ; le numéro de châssis reste indispensable pour dater précisément un exemplaire.
Le meilleur choix dépend de votre usage
La Série 1 concentre la demande des collectionneurs, particulièrement dans ses configurations les plus anciennes et les mieux documentées. Elle n’est pourtant pas universellement supérieure. Une Série 2 permet de retrouver le six-cylindres et la ligne générale de la Type E avec une définition plus tardive. Une Série 3 change davantage de caractère : son V12, sa direction assistée et son empattement long l’orientent vers le grand tourisme.
Avant de consulter les annonces, fixez quatre critères : carrosserie ouverte ou fermée, conduite à gauche ou à droite, type d’usage et niveau d’authenticité recherché. Les voitures de collection à vendre permettent ensuite de comparer une Type E avec d’autres GT de la même époque sans limiter la décision au seul prestige du badge.
Premier contrôle : l’identité et le dossier historique
Une belle peinture ne prouve ni l’identité ni l’origine des organes. Demandez avant le déplacement :
- une copie du certificat d’immatriculation ;
- le numéro de châssis complet et des photos de ses marquages ;
- les numéros de moteur, de boîte et, lorsqu’il est disponible, de carrosserie ;
- les factures classées et les photographies de restauration ;
- les anciens titres, contrôles techniques et documents d’importation ;
- un certificat du Jaguar Daimler Heritage Trust si le vendeur en possède un.
Le certificat Heritage peut rapprocher l’auto des données de sortie d’usine — numéros, teinte, garniture ou destination selon les archives disponibles. Il ne certifie pas à lui seul l’état actuel, la qualité d’une restauration ni l’absence de réparation. Comparez-le physiquement aux marquages et aux documents.
Le terme matching numbers doit lui aussi être défini : demandez précisément quels numéros correspondent aux archives, qui les a contrôlés et sur quelle preuve. Une affirmation dans une annonce ne remplace pas l’examen.
Attention aux conversions et changements de spécification
De nombreuses Type E ont traversé l’Atlantique, changé de côté de conduite, reçu une autre boîte ou adopté des améliorations de refroidissement et de freinage. Ces transformations ne rendent pas automatiquement la voiture mauvaise. Elles doivent en revanche être déclarées, techniquement propres, compatibles avec l’immatriculation et reflétées dans le prix.
Pour une conversion droite-gauche, examinez la baie moteur, le tablier, la colonne, le pédalier, le faisceau, le tableau de bord et les finitions. Une conversion bien réalisée peut servir un projet d’usage ; une transformation approximative crée des défauts électriques, ergonomiques et structurels coûteux à reprendre.
La corrosion : le risque financier majeur
La Type E associe une coque centrale monocoque à une structure avant boulonnée qui porte le moteur, les suspensions et le long capot. La corrosion ne doit donc jamais être évaluée uniquement sur les panneaux visibles. Le guide d’achat Hagerty et celui de Classic & Sports Car placent tous deux la carrosserie et la structure au centre de l’inspection.
Faites contrôler sur un pont :
- les bas de caisse internes et externes ;
- les planchers et les points de levage ;
- le tablier, les pieds de montants et les ancrages de suspension ;
- les longerons et cadres avant, sans accepter une réparation improvisée ;
- le coffre, le logement de roue de secours et les passages de roue ;
- les fixations du train arrière ;
- les jeux du capot, des portes et du hayon ou du coffre.
Des jeux irréguliers peuvent venir d’un mauvais réglage, d’une restauration médiocre, d’un choc ancien ou d’une structure déformée. Ils constituent un signal à interpréter, pas un diagnostic isolé. Un aimant et une jauge d’épaisseur détectent certains mastics, mais ils ne montrent pas l’intérieur des corps creux. Une caméra endoscopique et l’œil d’un spécialiste du modèle sont beaucoup plus utiles.
Règle d’achat : ne signez pas parce que le moteur tourne bien si la structure n’a pas été examinée. Une mécanique se chiffre plus facilement qu’une reconstruction de coque dont l’étendue apparaît après décapage.
Contrôler le six-cylindres XK ou le V12

Sur un six-cylindres XK, exigez un démarrage à froid. Observez la pression d’huile à chaud, les fumées, les bruits de distribution, la stabilité du ralenti, les fuites et l’état du liquide de refroidissement. Une légère transpiration d’huile n’a pas la même portée qu’une pression faible, une surchauffe ou un mélange d’huile et de liquide.
Les carburateurs doivent être synchronisés et la montée en température rester stable. Vérifiez le radiateur, les durites, le ventilateur et les traces de dépôts. L’essai doit comprendre un redémarrage à chaud et une phase lente : une auto qui reste correcte uniquement sur route dégagée n’a pas démontré l’efficacité de son refroidissement.
Sur la Série 3, le V12 exige une méthode rigoureuse. L’alimentation, l’allumage et le refroidissement doivent être entretenus comme un ensemble. Un moteur très doux peut masquer un cylindre peu actif ; un contrôle des compressions et de l’allumage est pertinent si l’historique est incomplet. Le guide Car & Classic rappelle également qu’un faible kilométrage ne remplace pas un entretien calendaire.
Boîte, freins, direction et train arrière
Les premières 3,8 litres utilisent la boîte Moss, dont le maniement diffère d’une boîte moderne. Les 4,2 litres reçoivent une boîte Jaguar entièrement synchronisée. Pendant l’essai, recherchez les craquements, le saut d’un rapport, le patinage de l’embrayage et les vibrations en charge ou à la décélération.
La suspension arrière indépendante regroupe différentiels, arbres, ressorts-amortisseurs et freins arrière intérieurs. Des disques placés près du différentiel réduisent les masses non suspendues, mais rendent certaines interventions plus longues. Contrôlez fuites, roulements, croisillons, silentblocs, frein de stationnement et état des conduites.
La voiture doit freiner droit, garder une direction précise et ne pas talonner. Sur les roues à rayons, examinez rayons, voiles, cannelures et moyeux. Des pneus anciens peuvent sembler neufs tout en ayant perdu leurs qualités : vérifiez leur date, leur dimension et leur indice.
Comment lire une restauration ?
Une restauration complète est rassurante seulement si elle est documentée. Les meilleures preuves sont les photos avant et pendant démontage, les factures nominatives, la liste des pièces, les mesures de géométrie et l’identité des ateliers. Une mention « restauration totale » sans dossier ne permet ni de connaître les tôles remplacées ni de vérifier les organes réutilisés.
Séparez trois niveaux :
- Entretien et fiabilisation : radiateur, allumage, démarreur, alternateur ou freins améliorés, idéalement de façon réversible.
- Restauration : démontage, traitement de la coque, peinture, sellerie et réfection mécanique documentés.
- Reconstruction ou transformation : remplacement substantiel de structure, changement de conduite, de moteur ou de boîte, qui exige une traçabilité renforcée.
Une restauration ancienne de qualité peut être préférable à une restauration récente destinée à la vente. Recherchez la cohérence : peinture soignée mais dessous négligés, sellerie neuve mais faisceau ancien, ou compartiment moteur cosmétique sans factures de mécanique sont des motifs d’examen supplémentaire.

Faut-il faire expertiser la voiture avant achat ?
Oui, dès que l’enjeu financier dépasse ce que vous accepteriez de perdre sur une erreur de diagnostic. Choisissez un expert ou un atelier connaissant la Type E, indépendant du vendeur. Son intervention doit comprendre l’identification, l’inspection sur pont, l’essai routier, les mesures utiles et une estimation des travaux hiérarchisée.
Demandez un rapport écrit distinguant : sécurité immédiate, défauts à corriger, entretien différé et écarts d’authenticité. Le coût de remise à niveau doit être comparé au prix d’un exemplaire déjà sain, pas seulement déduit du prix demandé.
Avant de négocier, vous pouvez aussi estimer gratuitement votre voiture ou votre projet afin de replacer l’exemplaire dans son marché. Une estimation à distance reste un cadrage ; elle ne remplace pas l’inspection structurelle.
Checklist avant de verser un acompte
- Vérifier la série, la carrosserie, le marché d’origine et l’année par le numéro de châssis.
- Comparer les marquages avec la carte grise et les archives Heritage disponibles.
- Obtenir l’historique de restauration et les factures avant le déplacement.
- Inspecter la structure sur pont, y compris les corps creux et les cadres avant.
- Démarrer à froid, rouler jusqu’à température et redémarrer à chaud.
- Tester boîte, embrayage, freinage, direction et train arrière.
- Chiffrer les défauts avec un spécialiste indépendant.
- Écrire les conditions de la réservation, les documents promis et les éventuelles réserves.
Pour encadrer le versement, consultez aussi notre guide sur l’acompte lors de la vente d’une voiture de collection.
FAQ sur l’achat d’une Jaguar Type E
Quelle Jaguar Type E est la plus recherchée ?
Les premières Série 1, notamment les 3,8 litres bien documentées, concentrent généralement la demande. La carrosserie, l’authenticité, l’état et la provenance peuvent toutefois créer des écarts plus importants que la seule appellation de série.
Une Série 2 est-elle un mauvais choix ?
Non. Elle conserve le six-cylindres 4,2 litres et peut offrir un rapport usage-prix intéressant. Son état structurel et la qualité des travaux restent plus importants qu’un classement théorique entre séries.
Le certificat Jaguar Heritage garantit-il une Type E matching numbers ?
Il documente les informations conservées dans les archives d’usine. Il faut ensuite comparer ces données aux numéros présents sur la voiture. Il ne garantit ni l’état, ni toutes les pièces, ni la qualité d’une restauration.
Quel est le principal défaut à rechercher ?
La corrosion structurelle est le risque financier prioritaire. Elle peut toucher les bas de caisse, planchers, ancrages, tablier et structure avant sans être visible sur une peinture récente.
Peut-on acheter une Type E convertie en conduite à gauche ?
Oui, si la conversion est documentée, correctement exécutée et compatible avec les documents du véhicule. Elle doit être examinée avec attention et prise en compte dans la valeur.
Une Type E V12 est-elle plus difficile à entretenir ?
Elle comporte davantage d’éléments d’alimentation, d’allumage et de refroidissement. Bien réglée, elle est très douce ; négligée, elle peut demander un diagnostic plus long et une remise à niveau coûteuse.
Sources et date de vérification
- Jaguar Daimler Heritage Trust — E-Type Research Guide : chronologie, numéros de châssis et variantes.
- Jaguar Daimler Heritage Trust — E-Type Evolution Exhibition : architecture et évolution historique.
- Hagerty UK — Buyer’s Guide: Jaguar E-Type : corrosion, mécanique et inspection.
- Classic & Sports Car — E-Type S1, S1.5 & S2 buyer’s guide : contrôles par organes et différences entre versions.
- Car & Classic — Five Things You Need To Know : carrosseries, usage et entretien.
Informations vérifiées le 18 septembre 2026. Une mise à jour annuelle est recommandée, plus tôt en cas d’évolution importante du marché.
Crédits photographiques
- Image mise en avant : DeFacto, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
- Moteur : Lothar Spurzem, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 DE.
- Tableau de bord : DeFacto, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
